Instantané de recherche : Connaître la façon dont sont perçus les risques liés à la COVID-19 pour mieux informer le public à ce sujet

Ce qu’il faut savoir  

La perception des risques (c.-à-d., la manière d’appréhender les risques et d’y réagir) est complexe et propre à chaque situation et il est essentiel d’en tenir compte pour changer les comportements. En analysant des messages sur la COVID-19 adressés en ligne à l’autorité sanitaire nationale finlandaise, les chercheurs ont établi un système de suivi de la perception des risques pour informer en temps réel les personnes chargées des communications au sujet des risques.

 

Cet Instantané de recherche est basé sur l’article « Understanding coronavirus disease (COVID-19) risk perceptions among the public to enhance risk communication efforts: A practical approach for outbreaks, Finland, February 2020 », publié dans la revue Eurosurveillance en 2020. Lisez-le ci-dessous ou téléchargez le PDF.

Les Instantanés de recherche sont des résumés brefs et clairs d'articles de recherche, présentés dans un format convivial.

En quoi consiste la recherche ? 

Pendant la pandémie mondiale de COVID-19, l’autorité sanitaire finlandaise a commencé à recevoir des commentaires et des demandes de renseignements qui témoignaient de l’anxiété du public et de sa méfiance et qui contenaient de fausses rumeurs. En vue de guider les responsables des communications, les chercheurs ont entrepris d’examiner les différentes manières dont la perception des risques s’exprimait dans ces messages; ils ont ensuite établi une méthodologie à l’intention des autorités sanitaires pour que leurs communications sur les risques soient perçues comme fiables, pertinentes, bienveillantes, adaptées à la réalité culturelle et compréhensibles par la population. L‘article présenté ici rend compte des résultats des trois premières semaines du suivi effectué par les chercheurs.

Qu’ont fait les chercheurs ? 

En s’appuyant sur des méthodes rapides de collecte de données qualitatives et sur un paradigme de perception individuelle des risques (Rohrmann,  2008), les chercheurs ont analysé les thèmes se dégageant des courriels et messages affichés sur les médias sociaux à propos de la COVID-19, tels qu’adressés à l’Institut national de la santé et du bien-être, l’autorité sanitaire de la Finlande. Ils ont regroupé ces thèmes en catégories appelées « domaines de perception des risques » et ils ont élaboré la procédure de recherche qualitative en collaboration avec un anthropologue médical  et des spécialistes de santé publique chargés de la communication des risques.

Qu’ont trouvé les chercheurs ?

Les chercheurs ont constaté que leur méthodologie était bien adaptée pour déterminer la démarche à suivre afin d’informer le public en temps réel sur les risques. Voici cinq des domaines de perception des risques avec le mode de communication qui a été choisi pour chacun d’eux : 

  1. Possibilité que la situation prenne une tournure catastrophique.  Les personnes qui, dans leurs messages, estimaient que la pandémie empirerait étaient souvent des personnes hyperémotives qui manifestaient une méconnaissance de la situation. En un tel cas, il faut fournir des données factuelles et des sources d’information et manifester de la sollicitude et de l’empathie. Il faut se garder d’ignorer les émotions exprimées.
  2. Probabilité de décès.  Le contenu des messages de ce domaine était que le nombre des décès était inexorable ou résultait de l’inaction des autorités sanitaires. Dans le premier cas, les réponses doivent mettre en avant les faits et les statistiques concernant la mortalité. Dans le deuxième, ce sont les mesures prises par les autorités sanitaires qui doivent être soulignées.
  3. Raisons de l’exposition au coronavirus.  Les messages appartenant à ce domaine concernaient des perceptions ou des préoccupations concernant l’exposition au coronavirus en raison de contacts avec des personnes infectées. Dans les réponses à ce type de messages, le mieux est de mettre l’accent sur les protocoles d’hygiène ou les règles à respecter pour éviter de contracter le virus. Toujours dans ce domaine, on relevait des messages exprimant de l’anxiété quant au contact avec des étrangers ou ressortissants étrangers et indiquant une attitude stigmatisante. Face à de telles réactions, il faut jouer la carte de l’empathie en relatant des récits qui humanisent les personnes touchées par le virus et mettent l’accent sur la situation mondiale.
  4. Idées erronées au sujet de la maîtrise de la situation.  Pour répondre aux messages exprimant le sentiment que les individus ne peuvent pas faire grand-chose pour maîtriser la situation et qu’il appartient aux autorités sanitaires de faire le nécessaire, on doit mettre l’accent sur les gestes barrières à adopter pour endiguer la propagation du virus : lavage fréquent des mains et respect de la distanciation physique, entre autres.
  5. Confiance à l’égard des autorités sanitaires. En réponse aux messages qui traduisent un scepticisme quant à la fiabilité des informations fournies par les autorités sanitaires, il faut réitérer les données factuelles et les expliquer. Les réponses aux personnes déclarant que les autorités n’agissent pas de manière responsable ou n’en font pas assez doivent mettre l’accent sur les mesures prises par ces autorités.

Comment pouvez-vous tirer parti de cette recherche ?

Cette méthodologie qualitative rapide pourrait servir à déterminer la perception des risques dans d’autres contextes. À titre d’exemple, les personnes œuvrant auprès d’organismes de santé pourraient s’appuyer sur l’étude pour déterminer comment apaiser les craintes, neutraliser les fausses informations liées à la COVID-19 et restaurer la confiance. La recherche pourrait en outre servir à l’élaboration d’une stratégie plus large de communication des risques dans les organismes de santé. 

Quelles sont les limites de cette recherche ?

Les chercheurs mettent en garde contre une généralisation des résultats de l’étude, car il n’est pas impossible que les personnes qui s’adressent aux autorités sanitaires en période de crise éprouvent un stress émotionnel plus grand que la population générale. Par ailleurs, la perception des risques variant selon les cultures et les situations, les conclusions des chercheurs de l’étude, de même que la méthodologie qu’ils ont employée, pourraient ne pas être très utiles à des chercheurs analysant d’autres situations. 
Les prochaines recherches pourraient essentiellement porter sur une analyse quantitative des mêmes thèmes. Les chercheurs pourraient recourir à des sondages et à des graphiques pour évaluer l’évolution de la perception des risques et de la confiance dans les autorités sur la durée.

Qui sont les chercheurs ?

Anna-Leena Lohiniva, Jussi Sane, Katja Sibenberg, Taneli Puumalainen, Mika Salminen

Institut national de la santé et du bien-être, Helsinki, Finlande

Mots-clés   

Coronavirus, COVID-19, flambée, préparation et intervention en cas de pandémie, communication des risques, perception des risques, Finlande 

Cet Instantané de recherche est basé sur l’article « Understanding coronavirus disease (COVID-19) risk perceptions among the public to enhance risk communication efforts: A practical approach for outbreaks, Finland, February 2020 », publié dans la revue Eurosurveillance en 2020. DOI : 10.2807/1560-7917.ES.2020.25.13.2000317