Instantané de recherche : La boisson comme échappatoire

Ce qu’il faut savoir  

La pandémie de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) a bouleversé nos vies avec son cortège de mesures, dont l’éloignement physique, le maintien à domicile et la fermeture des écoles pour réduire le risque de transmission – en sus du chômage élevé et des nombreux décès. Les chercheuses ont essayé de déterminer si la perception du risque et la souffrance psychique dues à la COVID-19 étaient associées à un changement des schémas de consommation d’alcool. Elles ont constaté qu’hommes et femmes buvaient plus souvent et davantage (consommation excessive) en réaction au stress lié à la pandémie, mais que ces comportements étaient plus prononcés chez les femmes que chez les hommes. Par ailleurs, la présence d’enfants au foyer était liée à une plus forte consommation d’alcool.

 

Ce Instantané de recherche est un compte-rendu de l’article intitulé « Drinking to cope with the pandemic: The unique associations of COVID-19-related perceived threat and psychological distress to drinking behaviors in American men and women », publié en 2020 dans la revue Addictive Behaviors. Lisez-le ci-dessous ou téléchargez le PDF.

Les Instantanés de recherche sont des résumés brefs et clairs d'articles de recherche, présentés dans un format convivial.

En quoi consiste la recherche ? 

La pandémie de maladie à coronavirus 2019 (COVID‑19) a opéré, au sein de la société, des transformations jamais observées auparavant, parmi lesquelles l’éloignement physique, le maintien des personnes à domicile et la fermeture des écoles pour réduire le risque de transmission, ainsi qu’une forte hausse du taux de chômage et du nombre de décès.

Des études ont montré que les personnes qui survivent à des catastrophes collectives connaissent des problèmes de santé mentale et de dépendance, et les auteures de l’article ont cherché à savoir si la pandémie de COVID-19 avait eu des répercussions sur la consommation d’alcool.

Qu’ont fait les chercheurs ? 

Au total, 754 personnes ont répondu à un questionnaire en ligne sur une période d’une semaine, au mois d’avril 2020. Les participants étaient des adultes (18 ans ou plus), avaient consommé au moins 12 boissons alcooliques au cours des 12 derniers mois, travaillaient au moins 20 heures par semaine et vivaient en couple depuis au moins 6 mois.

Pour déterminer si les participants se sentaient en danger, les chercheuses leur ont demandé d’indiquer si les énoncés suivants reflétaient leur expérience:

  • Je me sens menacé.e quand je pense au coronavirus (COVID-19).
  • J’ai peur du coronavirus (COVID-19).
  • Je suis stressé.e quand je suis en présence d’autres personnes parce que j’ai peur

Pour évaluer la souffrance psychique, elles leur ont demandé d’indiquer si les énoncés suivants s’appliquaient à eux.

  • Je suis déprimé.e à cause du coronavirus (COVID-19).
  • L’éclosion du coronavirus (COVID-19) a affecté ma santé psychique.

Les participants devaient également répondre à plusieurs questions concernant leur consommation d’alcool au cours du mois précédent :

  • le nombre de verres qu’ils avaient bus la fois où ils avaient consommé le plus d’alcool;
  • le nombre de verres qu’ils avaient consommés lors d’une soirée ordinaire;
  • le nombre de jours par semaine où ils avaient consommé de l’alcool; 
  • le nombre de fois où ils avaient consommé plus de quatre verres (femmes) ou de cinq verres (hommes) en l’espace de deux heures.

Les chercheuses ont aussi tenté de découvrir s’il y avait une différence hommes-femmes entre la perception du risque associé à la COVID-19, la souffrance psychique et la consommation d’alcool.

Qu’ont trouvé les chercheurs ?

Les chercheuses ont constaté qu’hommes et femmes buvaient plus souvent et davantage (consommation excessive) en réaction au stress lié à la pandémie, mais que ces comportements étaient plus marqués chez les femmes que chez les hommes. 

Curieusement, lorsque la souffrance psychique liée à la COVID était moindre, les hommes buvaient plus que les femmes, mais à mesure qu’elle devenait plus prononcée, les femmes les rattrapaient.

Il a également été observé que les participants qui avaient des enfants vivant avec eux buvaient davantage que les autres.

Comment pouvez-vous tirer parti de cette recherche ?

Cette étude peut être utile aux professionnels de la santé publique et aux responsables de programmes désireux de trouver des moyens de réduire la consommation d’alcool pendant la pandémie de COVID-19 et par la suite.

Quelles sont les limites de cette recherche ?

Cette recherche comporte certaines limites de validité. Une de ces limites est qu’elle porte sur des associations à un moment particulier (début de l’application des mesures d’éloignement physique) et non sur la durée. 

Une autre limite est que les participants étaient des Américains adultes qui vivaient en couple, qui avaient déjà l’habitude de boire régulièrement de l’alcool et qui travaillaient au moins 20 heures par semaine; leurs réponses pourraient donc ne pas être représentatives des expériences d’autres groupes sociaux .

Qui sont les chercheurs ?

Lindsey M. Rodriguez,1 Dana M.Litt,2 Sherry H. Stewart3

  1. Université South Florida, Tampa, Floride
  2. Université North Texas, Centre des sciences de la santé, École de santé publique, Fort Worth, Texas
  3. Université Dalhousie, Halifax 

Mots-clés   

COVID-19, coronavirus, consommation d’alcool, consommation excessive (d’alcool), stress

Ce Instantané de recherche est un compte-rendu de l’article intitulé « Drinking to cope with the pandemic: The unique associations of COVID-19-related perceived threat and psychological distress to drinking behaviors in American men and women », publié en 2020 dans la revue Addictive Behaviors. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2020.106532. Il a été rédigé par Rossana Coriandoli.