Points de vue sur la recherche : Incidence des changements climatiques sur la santé mentale et mesures à prendre pour faire face au problème

What you need to know

On manque de données empiriques au sujet des effets des changements climatiques sur la santé mentale, ce qui peut s’expliquer par la difficulté d’établir un lien direct entre les deux types de phénomènes. Les données préliminaires montrent cependant que les répercussions générales des changements climatiques sur la santé mentale – qu’elles soient directes ou indirectes – sont déjà en train de se multiplier et qu’elles touchent de manière disproportionnée des populations déjà confrontées à des inégalités en matière de santé. Pour pallier les effets des changements climatiques sur la santé mentale, il est nécessaire de prendre des mesures coordonnées et systémiques.

 

Fondés sur des commentaires ou des éditoriaux publiés dans des revues à comité de lecture, les Points de vue sur la recherche présentent des opinions d’experts dans le domaine de la santé mentale et des dépendances.

Cette livraison de Points de vue sur la recherche est basée sur l’article intitulé « Climate change and mental health: risks, impacts and priority actions », publié en 2018 dans la revue International Journal of Mental Health Systems. Vous pouvez lire la présentation ci-dessous ou télécharger le fichier PDF.

Mise en contexte

Les conséquences directes et indirectes des changements climatiques sur la santé physique sont bien documentées, dont l’augmentation de la mortalité et des maladies liées à des conditions météorologiques extrêmes affectant la salubrité de l’eau ou causant des pénuries d’eau et de nourriture. Toutefois, les recherches relatives aux conséquences des changements climatiques sur la santé mentale sont insuffisantes. Les auteurs de l’article présenté ici donnent un aperçu de l’état actuel des données à ce sujet et des prévisions de risques, en précisant les dommages qui peuvent en résulter pour la santé mentale. Ils montrent également comment les conséquences des changements climatiques affectent certaines populations plus que d’autres, et ils émettent des recommandations sur les moyens de faire face aux conséquences des changements climatiques sur la santé mentale.

Idées avancées par les chercheurs

Les changements climatiques affectent la santé mentale de diverses manières; ils peuvent entraîner des troubles mentaux et avoir des conséquences psychosociales lourdes, en particulier chez les personnes les plus marginalisées. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) compte parmi les effets les plus graves des catastrophes liées au changement climatique sur la santé mentale. L’un des aléas climatiques catastrophiques les mieux documentés, la sécheresse, a une influence indirecte mais majeure sur la santé mentale. Les changements climatiques affectent aussi indirectement la santé mentale en raison des dommages affectant les infrastructures, le tissu social et la santé, ainsi que des pénuries d’eau et de nourriture, des conflits armés et des déplacements de populations qu’ils entraînent.

Au niveau du corps social, les conséquences indirectes des changements climatiques sur la santé mentale ont été insuffisamment étudiées, notamment en ce qui concerne la perte d’identité sociale et culturelle. Ces conséquences peuvent se produire si les gens sont contraints de quitter leur collectivité en raison de perturbations environnementales. À l’heure actuelle, les études de recherche portent sur les conséquences de certains aléas environnementaux sur la santé mentale, mais chacun d’eux est considéré isolément, sans être relié aux changements climatiques. La mise en évidence des liens entre ces changements et la santé mentale permettrait :

  • de mieux connaître les constantes pathologiques associées à ces changements;
  • d’appeler l’attention sur la santé mentale dans le cadre de l’appel mondial à l’action pour la réduction des effets des changements climatiques;
  • de mieux saisir l’ampleur des effets des changements climatiques dans les communautés marginalisées;
  • de planifier des mesures pour la préservation de la santé mentale et l’accroissement de la résilience des systèmes de santé mentale face aux changements climatiques.

Applications possibles

Dans le secteur de la santé, il est possible d’agir pour faire face, de façon efficace et systémique, aux effets des changements climatiques sur la santé mentale en misant sur plusieurs tableaux, dont :

  • la sensibilisation sur les liens entre les changements climatiques et les troubles mentaux, pour aider les gens à déterminer si leur propre santé mentale est affectée par ces changements;
  • la lutte pour la réduction de l’empreinte environnementale du secteur de la santé;
  • la prise de mesures adaptées pour faire face aux répercussions psychosociales des changements climatiques.

Pour ce faire, on peut prendre une série de mesures concrètes, depuis les grandes orientations jusqu’à la pharmacothérapie en passant par les changements de pratiques, les thérapies comportementales, les mesures locales et la formation idoine. Parmi les mesures d’intervention générales figurent les soins primaires, les thérapies individuelles ou en groupe, la thérapie cognitivo-comportementale et le counseling d’urgence.

Parmi les actions visant à favoriser la santé mentale dans le contexte des changements climatiques, citons :

  • les mesures stratégiques visant à améliorer l’accès aux soins de santé mentale et leur financement;
  • la tenue d’enquêtes interrogeant les gens sur leur santé mentale à la suite de phénomènes météorologiques extrêmes;
  • le suivi des visites aux urgences pendant les vagues de chaleur et à la suite d’événements météorologiques extrêmes;
  • l’application d’un modèle de soins de santé mentale par paliers pour tenir compte du moment de la catastrophe et du degré de détresse;
  • la planification de mesures d’adaptation, par le système de santé mentale, pour faire face aux changements climatiques;
  • la mise en place d’actions locales et de plans destinés à favoriser la résilience face aux changements climatiques afin de promouvoir le bien-être psychosocial;
  • la formation spécialisée des prestataires de soins et des premiers intervenants, y compris pour l’aide psychologique d’urgence.

Recommandations de recherches ultérieures

Les chercheurs doivent examiner les conséquences psychosociales globales, car la prise de conscience des dangers des changements climatiques a un effet sur le bien-être émotionnel et social. Cette prise de conscience est à l’origine de nouveaux phénomènes, dont :

  • l’écoanxiété, c’est-à-dire l’anxiété générée par le fait d’être constamment exposé aux menaces liées aux changements climatiques;
  • l’écoparalysie, à savoir les sentiments complexes que suscite l’incapacité à prendre des mesures efficaces pour réduire ou éviter les risques liés aux changements climatiques;
  • la solastalgie, qui désigne la détresse et l’isolement causés par la perte du sentiment de sécurité engendrée par la dégradation de l’environnement.

Auteur.e.s

Katie Hayes1, Grant Blashki2, John Wiseman3, Susie Burke4 et Lennart Reifels5

  1. École de santé publique Dalla Lana de l’Université de Toronto, Toronto, ON, Canada
  2. Nossal Institute for Global Health de l’Université de Melbourne, Carlton, VIC, Australie
  3. Melbourne Sustainable Society Institute de l’Université de Melbourne, Carlton, VIC, Australie
  4. Australian Psychological Society, Melbourne, VIC, Australie
  5. Centre for Mental Health, Melbourne School of Population and Global Health, Université de Melbourne, Carlton, VIC, Australie

Mots-clés

changements climatiques, santé mentale, attribution, atténuation, adaptation

Remerciements

Cette activité d’échange de connaissances a bénéficié du soutien du réseau d’échange de connaissances EENet, intégré au Programme de soutien au système provincial du Centre de toxicomanie et de santé mentale [CAMH]). La création d’EENet a été rendue possible grâce à une contribution financière du ministère de la santé (MS) de l’Ontario. Les opinions exprimées dans la présente Recherche en bref ne reflètent pas nécessairement celles du MS ou de CAMH.