Points de vue sur la recherche: Planification de la prévention du suicide en période de pandémie

En bref

Il est courant d’élaborer des plans de sécurité pour éviter que les personnes suicidaires ne passent aux actes. Avec la pandémie actuelle, les prestataires de services de santé mentale devraient reconnaître la possibilité d’un risque accru de suicide et collaborer avec leurs clients pour établir des plans de prévention du suicide tenant compte des changements de mode de vie dus à la COVID-19 et des mesures associées prises par les pouvoirs publics.

 

Fondés sur des commentaires ou des éditoriaux publiés dans des revues à comité de lecture, les Points de vue sur la recherche présentent des avis d’experts dans le domaine de la santé mentale et des dépendances.

Cette livraison de Points de vue sur la recherche est basée sur l’article intitulé « Suicide Safety Planning During a Pandemic: The Implications of COVID‐19 on Coping with a Crisis », publié en 2020 dans la revue Suicide and Life-Threatening Behavior. DOI : 10.1111/sltb.12641

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Objet de la recherche

Les répercussions des directives sur l’éloignement physique pour les personnes à risque de suicide ne sont pas connues, mais elles n’en constituent pas moins un sujet de préoccupation. L’isolement forcé pourrait accroître le risque de suicide, tandis que nombre de stratégies ordinairement intégrées aux plans de prévention du suicide pourraient accroître le risque d’infection par le SARS-CoV-2 ou contrevenir aux ordonnances de santé publique. Les auteurs de cet article présentent plusieurs recommandations concernant la modification des plans standard de prévention du suicide dans le contexte de la pandémie.

Idées avancées par les chercheurs

Les plans de prévention du suicide associés à la pandémie gagneraient à être révisés dans cinq domaines :

  1. Éléments déclencheurs : Il faudrait déterminer les facteurs associés à la pandémie qui sont susceptibles d’accroître le risque de suicide, et préciser à quel moment le plan de sécurité devrait être mis en œuvre. Ainsi, la lecture des actualités pourrait engendrer des pensées ou des émotions négatives. Une fois les éléments déclencheurs mis en évidence, il devient possible d’élaborer des stratégies pour y faire face.
  2. Stratégies d’adaptation : Un grand nombre de stratégies usuelles de gestion de crise devraient être adaptées pour tenir compte de la distanciation physique requise entre personnes de différents foyers dans le but d’éviter la propagation du virus. Il faudrait notamment adapter les activités proposées de manière à ce qu’elles puissent être accomplies en ligne, à l’extérieur ou chez soi, en autonomie, et ce, sans perte de fonctionnalité.
  3. Soutien social : La pandémie mondiale de COVID-19 a entraîné des changements aux niveaux des sources de soutien social et des moyens d’en bénéficier, de nombreuses personnes étant contraintes de recourir à la technologie pour avoir des interactions sociales. Lors de l’élaboration des plans de sécurité, il est essentiel de tenir compte de ce phénomène et d’avoir conscience que si la technologie peut servir d’appui au soutien social, elle peut également être perçue comme un obstacle, en particulier par les personnes qui n’ont pas la possibilité d’y accéder facilement et par celles qui trouvent son utilisation difficile et stressante.
  4. Soutien d’urgence : De nombreux services d’urgence ont apporté des modifications à leurs horaires et à l’ouverture de leurs locaux pour tenir compte de la pandémie et des directives de santé publique qui s’y rapportent. Les plans d’intervention d’urgence devraient inclure des formes de soutien visant à réduire le risque d’infection et préciser les horaires des services d’urgence ainsi que les sites qui sont ouverts.
  5. Armes à feu et sécurité : En conseillant aux gens de rester chez eux et de faire des provisions en grande quantité pour éviter d’avoir à sortir fréquemment, on risque d’augmenter l’accès à des armes à feu et des substances potentiellement léthales dans les foyers. Les plans de sécurité doivent tenir compte à la fois de l’achat responsable de ces armes et substances , ainsi que de leur entreposage sécuritaire.

Les chercheurs considèrent qu’il pourrait être utile d’étendre l’application des plans de sécurité à d’autres personnes que celles à risque de suicide et de remplacer la notion de « planification de la sécurité » par celle de « planification de l’auto-prise en main », laquelle s’appliquerait à toute personne confrontée à un isolement prolongé. Ils indiquent que pour être efficace, tout plan de sécurité/d’auto-prise en main devrait absolument inclure les éléments suivants :

  • la volonté de l’usager de prendre les choses en main face à la crise;
  • le fait de savoir précisément quand il convient d’utiliser le plan;
  • la possibilité de disposer du plan suffisamment tôt pour pouvoir l’utiliser en début de crise;
  • des stratégies simples et efficaces;
  • l’adaptabilité du plan, pour qu’il puisse s’appliquer à toutes sortes de cas de figure;
  • la pertinence du plan pour l’usager, garantie par le fait qu’il a participé à son élaboration et qu’il l’a approuvé.

Applications possibles

Cette étude pourrait servir à guider les interactions des prestataires de services de santé mentale avec leurs clients au sujet de l’élaboration de plans d’auto-prise en main en cas de pandémie.

Recommandations concernant les recherches futures

Il faudra mener des recherches supplémentaires pour déterminer le lien entre l’exigence d’éloignement physique et le risque de suicide, ainsi que des recherches sur les résultats d’une planification adaptée de prévention du suicide.

Auteur.e.s

Larry D. Pruitt1, 2, Leidy S. Mcintosh1, Greg Reger1, 2

  1. Système de soins de santé de la VA de Puget Sound, Seattle, WA, États-Unis
  2. École de médecine de l’Université de Washington, Seattle, WA, États-Unis

Mots-clés

Suicide, planification de la prévention du suicide, crise, adaptation, auto-prise en main, pandémie

Acknowledgements

La présente activité d’échange de connaissances est soutenue par le Réseau d’échange de données probantes (EENet), qui fait partie du Programme de soutien au système provincial du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH). EENet existe grâce à la contribution financière du ministère de la Santé (MS). Les opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les positions du MS ou de CAMH.