Recherche en bref : Accès à des soins ambulatoires en santé mentale avant une visite au Service des urgences psychiatriques

Ce que vous devez savoir

Il est difficile d’avoir accès à des services ambulatoires de santé mentale et de traitement des dépendances. On manque de données probantes sur les personnes pour lesquelles le service des urgences (SU) constitue le premier point d’accès à des soins de santé mentale, en particulier quand l’accès à des services ambulatoires est limité. L’équipe de recherche a constaté que presque la moitié des patients qui s’étaient présentés au SU pour des troubles de santé mentale et des dépendances ne s’étaient pas prévalus de services de consultations externes au cours des deux années ayant précédé leur admission au SU. Selon l’équipe de recherche, cette situation pourrait être évitée si les patients avaient accès à des services de consultations externes.

Les publications intitulées Recherche en bref sont des résumés succincts d’articles de recherche, présentés en langage clair, dans un format convivial.

Le présent Recherche en bref porte sur l’article intitulé « Incidence of Access to Ambulatory Mental Health Care Prior to a Psychiatric Emergency Department Visit Among Adults in Ontario, 2010‑2018 », publié en 2021 dans JAMA Network Open.  https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2021.5902

Objet de la recherche

On manque de données probantes sur les personnes pour lesquelles le service des urgences (SU) constitue le premier point d’accès à des soins. Bien que le SU soit un point d’accès important pour les personnes qui sont en situation de crise, on ne sait pas si c’est le premier lieu où la majorité des personnes d’âge adulte se rendent pour obtenir des soins pour un problème de santé mentale. Cela dit, l’accès insuffisant à des services ambulatoires pour des troubles de santé mentale et de dépendances porte à croire que le SU est le lieu de soins utilisé à la place de services ambulatoires.  

Cette étude avait pour principal objectif de décrire la mesure dans laquelle le SU est le premier point de contact pour les personnes d’âge adulte ayant des problèmes de santé mentale et de cerner les principaux facteurs sociodémographiques et cliniques associés à cet état de fait. 

Méthode

L’équipe de recherche a recueilli les données suivantes et les a analysées :

  1. données administratives sur la santé fondées sur la population de l’Ontario, au Canada;
  2. consultations externes en raison de troubles de santé mentale et de dépendances d’après la base de données sur la facturation par les médecins du Régimed’assurance-santé de l’Ontario (RASO);
  3. données des dossiers de congés des patients hospitalisés dans la Base de données sur les congés des patients et dans le Système d’information ontarien sur la santé mentale.

Les personnes prises en considération dans le cadre de cette étude étaient des adultes et des jeunes (âgés d’au moins 16 ans) ontariens qui s’étaient présentés au SU pour la première fois en raison de problèmes de santé mentale et de dépendances entre le 1er avril 2010 et le 31 mars 2018.

L’équipe de recherche a exclu les personnes âgées de plus de 105 ans, celles qui ne résidaient pas en Ontario, celles dont le numéro de la carte Santé était manquant ou non valide et celles qui n’avaient pas été admissibles au RASO pendant au moins deux ans avant leur visite au SU. L’équipe de recherche a également éliminé les consultations au SU qui étaient prévues.  

L’équipe de recherche s’est principalement intéressée aux personnes qui s’étaient présentées pour la première fois au SU dans le système de soins de santé mentale, mais n’avaient pas reçu de soins pour un problème de santé mentale et de dépendance dans un service de consultations externes au cours des deux années ayant précédé cette visite.

L’équipe de recherche a saisi des données sur les facteurs suivants :

  1. facteurs de prédisposition, comme les facteurs socioculturels, dont l’âge, le sexe, le statut d’immigrant et le nombre d’affections concomitantes touchant la personne;
  2. facteurs favorables, comme recevoir des soins ou y avoir accès, y compris le revenu, le milieu (rural, urbain) et le fait pour les personnes d’avoir ou non un médecin traitant habituel au moment de leur visite au SU;
  3. facteurs associés à l’état de santé général, comme les raisons immédiates de la quête d’un service de santé, y compris pour des problèmes de santé et des difficultés fonctionnelles;
  4. troubles de santé mentale, dont troubles liés à la consommation de substances, schizophrénie et autres troubles psychotiques non organiques (troubles psychotiques), troubles de l’humeur, anxiété et troubles d’adaptation, automutilation.

Conclusions

L’équipe de recherche a analysé les données de 659 084 personnes qui se sont rendues au SU. Parmi elles, 52 % étaient des femmes, dont l’âge moyen était de 39 ans.

L’équipe de recherche a constaté que :

  • 298 924 patients (45 %) ne s’étaient pas prévalus auparavant de services de consultations externes;
  • les patients qui s’étaient présentés pour la première fois au SU pour un problème de santé mentale et de dépendance étaient plus jeunes que ceux qui l’avaient déjà fait et plus susceptibles d’être des hommes, de vivre en milieu rural, d’être immigrants et de ne pas avoir de médecin traitant habituel;
  • les premières visites au SU variaient selon le diagnostic, le taux de premières visites étant le plus bas chez les personnes présentant des troubles de l’humeur et le plus élevé chez celles ayant des troubles liés à la consommation de substances.

De façon générale, l’équipe de recherche a constaté que presque la moitié des patients qui s’étaient présentés au SU en raison de troubles de santé mentale et de dépendances ne s’étaient pas prévalus de services de consultations externes au cours des deux années ayant précédé leur admission au SU. Selon l’équipe de recherche, cette situation pourrait être évitée si les patients avaient accès à des services de consultations externes. 

Limites des conclusions

L’équipe de recherche a émis plusieurs réserves au sujet de cette étude. Ainsi, elle ne disposait pas de données sur les visites faites à du personnel non médical, y compris des professionnels de la santé mentale financés par les fonds publics (p. ex., les travailleuses et travailleurs sociaux et les psychologues) et des professionnels de la santé mentale privés. Par ailleurs, il était impossible d’établir clairement si l’accès à des professionnels de la santé mentale privés avant la première visite au SU a conduit à surestimer le taux de patients se présentant au SU pour la première fois. Enfin, les catégories de diagnostics qui ont servi à constituer l’échantillon n’avaient pas été validées.  

Applications possibles et recherches futures

L’équipe de recherche souligne que pour améliorer l’accès à des services de consultations externes, une plus grande attention doit être portée aux données administratives sur la santé fondées sur la population et sur les facteurs de risque des personnes se présentant d’abord au SU, y compris les hommes, les personnes âgées et les habitants des régions rurales, les personnes qui n’ont pas de médecin traitant et celles chez lesquelles on a diagnostiqué un trouble lié à la consommation de substances. Toutefois, si on veut éviter que le SU soit le premier endroit où se rendent les patients, il faut que les services de consultations externes deviennent plus accessibles.

À propos des chercheurs et chercheuses

Paul Kurdyak1,2,3,4, Sima Gandhi1, Laura Holder1, Mohammed Rashid1, Natasha Saunders1,3,5,6, Maria Chiu1,3, Astrid Guttmann1,3,5,6 et Simone Vigod1,2,3,7

  1. ICES, Toronto, Ontario, Canada
  2. Département de psychiatrie, Faculté de médecine Temerty, Université de Toronto, Toronto, Ontario, Canada
  3. Institut des politiques, de la gestion et de l’évaluation de la santé, École Dalla Lana de santé publique, Faculté de médecine Temerty, Université de Toronto, Toronto, Ontario, Canada
  4. Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto, Ontario, Canada
  5. The Hospital for Sick Children, Toronto, Ontario, Canada
  6. Département de pédiatrie, Faculté de médecine Temerty, Université de Toronto, Toronto, Ontario, Canada
  7. Hôpital Women’s College, Toronto, Ontario, Canada