Recherche en bref : Augmentation du nombre des consultations pour des troubles psychiques du post-partum pendant la COVID-19 en Ontario

Augmentation du nombre des consultations pour des troubles psychiques du post-partum pendant la pandémie de COVID-19 en Ontario

En bref

Les troubles psychiques du post-partum, qui sont assez courants, ont une incidence sur la capacité des mères à fonctionner, sur leurs interactions avec leur bébé et sur le bien-être des familles. Dans le cadre d’une étude menée en Ontario, une équipe de recherche a, après avoir déterminé le taux de consultation pour des troubles psychiques du post-partum auprès de médecins assurant des soins primaires et de psychiatres pendant les neuf premiers mois de la pandémie de COVID-19, comparé ce taux à ceux qu’on aurait pu prévoir en se fondant sur les tendances observées avant la pandémie. L’équipe a constaté que les taux de consultations pour des troubles psychiques du post-partum étaient plus élevés que ceux prévus. L’augmentation du nombre des visites était moins importante chez les femmes vivant dans les quartiers les plus défavorisés. Les taux ont commencé à augmenter en avril 2020 parmi les femmes portant un nom de famille chinois, et en juin parmi celles portant un nom de famille sud-asiatique.

 

Cette Recherche en bref porte sur l’article « Postpartum mental illness during the COVID-19 pandemic: a population-based, repeated cross-sectional study », publié en 2021 dans la revue de médecine CMAJ. https://doi.org/10.1503/cmaj.210151

Les publications intitulées Recherche en bref sont des résumés succincts d’articles de recherche, présentés en langage clair, dans un format convivial.

Objet de la recherche

Une mère sur cinq a un problème de santé mentale dans l’année qui suit la naissance de son bébé. Appelés « troubles psychiques du post-partum », ces problèmes affectent la capacité de la mère à fonctionner et nuisent à ses interactions avec son bébé, ce qui peut avoir des conséquences néfastes sur le développement cérébral et social de l’enfant.

Lorsqu’il devient chronique et récurrent, ce type de maladie mentale touche toute la famille, y compris les grands-parents.

Il n’existe que peu de recherches sur la façon dont la pandémie de COVID-19 a touché les femmes qui ont accouché pendant cette période. L’équipe de recherche a utilisé des données administratives sur les soins de santé pour comparer les taux de consultations auprès de médecins pour des troubles psychiques du post-partum pendant la pandémie à des taux que les tendances antérieures à la pandémie pouvaient laisser prévoir.

Méthode

Dans le cadre de cette étude, l’équipe de recherche a calculé, selon des données d’avant la pandémie, le taux escompté de consultations pour tout trouble mental auprès de médecins assurant des soins primaires ou de psychiatres de mars à novembre 2020. Elle a ensuite comparé ces taux avec le nombre réel de consultations pour chaque mois de la pandémie.

Elle a également analysé les résultats en fonction des caractéristiques sociodémographiques des mères, dont le niveau de revenu et la diversité ethnique du quartier, et selon leur origine ethnique, soit sud‑asiatique, soit chinoise, les deux minorités visibles les plus importantes au Canada.

Conclusions

Avant la pandémie, environ 3 p. 100 des femmes en période de post-partum consultaient au moins une fois un médecin assurant des soins primaires et un.e psychiatre pour un trouble mental au cours d’un mois donné. Le taux est passé à environ 4 p. 100 pendant la pandémie. Dans les 90 jours suivant la naissance de l’enfant, en particulier d’avril à juillet 2020, l’augmentation des taux de consultation était plus importante.

Le nombre des consultations a principalement augmenté en raison de problèmes d’anxiété, de dépression et de consommation de substances psychoactives. Cette tendance s’est poursuivie jusqu’en novembre 2020. Certains mois, les taux de consultation pour des troubles bipolaires et psychotiques étaient aussi légèrement plus élevés.

La hausse des taux était plus faible chez les femmes vivant dans les quartiers les plus défavorisés, indépendamment du niveau de la diversité ethnique du quartier. Les taux ont commencé à augmenter en avril chez les femmes portant un nom de famille chinois et en juin chez celles portant un nom de famille sud-asiatique.

Portée et limites des conclusions  

Cette étude ne traduit peut-être pas les incidences réelles de la pandémie sur la santé mentale des femmes en post-partum car, parmi les jeunes mères ayant des problèmes de santé mentale, certaines ne se font pas soigner tandis que d’autres cherchent de l’aide auprès de groupes d’entraide et de psychothérapeutes privés. De plus, l’étude n’a pas permis de déterminer si les femmes avaient plus d’une maladie mentale.

Par ailleurs, l’équipe de recherche n’a pas mesuré l’utilisation d’autres types de services, comme les visites aux urgences et les hospitalisations. Enfin, elle n’a évalué que le niveau de revenu des quartiers au lieu du niveau de revenu individuel, et elle n’a étudié que des femmes de deux groupes ethniques.

Applications possibles

Cette étude peut être utile aux planificateurs de systèmes et de programmes de santé qui cherchent à élaborer des programmes de santé mentale ciblant les femmes en période de post‑partum. Elle aidera également les responsables de la promotion de la santé à organiser des campagnes de sensibilisation des jeunes mères dans des langues autres que l’anglais, surtout dans les quartiers à faible revenu. 

À propos des membres de l’équipe de recherche

Simone N. Vigod1,2,3,4,5, Hilary K. Brown1,2,3,4,5,6, Anjie Huang3,4, Kinwah Fung3,4, Lucy C. Barker1,2,3,4,5, Neesha Hussain-Shamsy5, Elisabeth Wright1,2, Cindy-Lee Dennis7, Sophie Grigoriadis2,8, Peter Gozdyra3,4, Daniel Corsi9, Mark Walker9 et Rahim Moineddin3,4,5,10

  1. Institut de recherche de l’Hôpital Women’s College, Toronto
  2. Hôpital Women’s College; Département de psychiatrie, Toronto
  3. Faculté de médecine Temerty, Université de Toronto, Toronto
  4. Institut des sciences cliniques évaluatives (ISCE), Toronto
  5. Institut des politiques, de la gestion et de l’évaluation de la santé, Toronto
  6. École de santé publique Dalla Lana, Université de Toronto ; Département de la santé et de la société, Toronto
  7. Université de Toronto à Scarborough ; Faculté des sciences infirmières Lawrence S. Bloomberg, Toronto
  8. Université de Toronto ; Centre des sciences de la santé Sunnybrook, Toronto
  9. Département d’obstétrique et de gynécologie, Université d’Ottawa, Ottawa
  10. Département de médecine familiale et communautaire, Faculté de médecine, Université de Toronto, Toronto.