Recherche en bref : L’expérience de jeunes à l’égard des services virtuels de santé mentale et de traitement des dépendances

Passage au virtuel en Ontario : l’expérience de jeunes à l’égard des services virtuels de santé mentale et de traitement des dépendances pendant la pandémie de COVID‑19

En bref

Un sondage en ligne a été réalisé en août 2020, soit cinq mois après l’annonce officielle de l’état de pandémie de la COVID‑19. Il s’agissait de découvrir les expériences et préférences des jeunes en matière de services virtuels pour des troubles mentaux et des dépendances (TM/D). La plupart des jeunes avec des TM/D se sont dits disposés à envisager d’avoir recours à des services virtuels individuels, tandis qu’un plus petit nombre a déclaré ne pas exclure la possibilité de faire appel à des services virtuels de groupe. Les jeunes voudraient avoir accès à une large gamme de services virtuels et d’autres services de soutien au mieux‑être.

 

Cette Recherche en bref porte sur l’article « Going virtual: youth attitudes toward and experiences of virtual mental health and substance use services during the COVID-19 pandemic », publié en 2021 dans la revue BMC Health Services Research. https://doi.org/10.1186/s12913-021-06321-7.

Les publications intitulées Recherche en bref sont des résumés succincts d’articles de recherche, présentés en langage clair, dans un format convivial.

Objet de la recherche

Dans le contexte de la pandémie de COVID‑19, on a commencé à mener des recherches sur le passage des soins en personne aux soins virtuels. On manque toutefois de données sur les expériences des patients en général, et en particulier sur celles des jeunes qui reçoivent des services virtuels pour des TM/D.

Méthode

Des chercheurs de l’Ontario ont analysé les réponses de jeunes de la province à un questionnaire en ligne sur les TM/D. Le sondage a eu lieu en août 2020, cinq mois après que la flambée de la COVID-19 a été officiellement qualifiée de pandémie et le début du passage à des services virtuels pour des TM/D. Les données s’inscrivaient dans une étude plus vaste menée par les chercheurs sur la COVID-19 et la santé mentale.

L’échantillon du sondage comportait deux groupes : un groupe « clinique » se composant de 164 jeunes qui recevaient des services variés pour des TM/D, et un groupe « non clinique » comptant 245 jeunes qui n’en recevaient pas. Les participants étaient âgés de 14 à 29 ans.

Les chercheurs ont régulièrement consulté les jeunes lors de l’élaboration du sondage; ils ont en outre présenté les résultats aux jeunes cochercheurs afin de susciter des échanges sur la façon de les interpréter.

Conclusions

Disposition à envisager d’avoir recours à des services de soins virtuels

La majorité des jeunes dont les résultats au test de dépistage de TM/D étaient positifs ont déclaré qu’ils seraient disposés à recourir à des services virtuels individuels, tandis qu’un plus petit nombre a déclaré ne pas exclure la possibilité de faire appel à des services virtuels de groupe. Les chercheurs n’ont relevé aucune corrélation entre l’âge et la disposition à recourir à l’un ou l’autre type de services.

Par ailleurs, les jeunes qui avaient reçu des services de traitement de TM/D avant la pandémie étaient davantage disposés que les autres à envisager d’avoir recours à des services virtuels.

Qualité des services

Parmi les jeunes qui avaient eu recours à des services de traitement de TM/D avant la pandémie, près de la moitié ont trouvé que la qualité de ces services avait baissé pendant la pandémie, 17 % ont dit n’avoir remarqué aucun changement et la même proportion de jeunes a dit qu’elle trouvait que les services s’étaient améliorés.

Types d’activités virtuelles

Les participants se sont dits intéressés par divers types d’activités virtuelles ciblant les TM/D, dont programmes de pleine conscience, initiatives de sensibilisation et d’éducation, séances de conditionnement physique et cours de nutrition. Certains ont également suggéré des activités récréatives.

Caractéristiques optimales des services virtuels

La préférence des jeunes allait aux appels vidéo, suivis des appels téléphoniques ou des communications vocales et du soutien par texto ou par clavardage, alors que pour certains, toutes les formes de services étaient bonnes. Les jeunes ont dit que pour les services virtuels, il était important de veiller à la bonne qualité du son, de l’image, de la connexion Internet, de l’éclairage et de la caméra, qu’il fallait prévoir un bouton pour désactiver le son et qu’il soit possible d’éteindre la caméra et de partager des fichiers.

Les jeunes ont également souligné l’importance d’une communication claire dans un cadre où aucun jugement n’est porté.  

Raisons du refus d’envisager le recours à des services virtuels

Les jeunes qui n’étaient pas prêts à avoir recours à des services virtuels individuels ont déclaré préférer les services en personne, principalement à cause du contact humain. D’autres ont déclaré se sentir anxieux ou mal à l’aise à l’idée d’utiliser des plateformes virtuelles, et qu’ils avaient des inquiétudes concernant la sécurité, la confidentialité et les problèmes techniques.

De nombreux jeunes ont dit qu’ils ne prévoyaient pas recourir à des services virtuels parce qu’ils n’en avaient pas besoin ou qu’ils disposaient déjà du soutien nécessaire.

Avantages des services virtuels

Les jeunes ont apprécié le fait de pouvoir communiquer en toute sécurité avec des professionnels pendant la pandémie et de voir leur visage. Certains ont trouvé que les services virtuels étaient conviviaux et avaient été bénéfiques pour leur santé mentale. Les jeunes ont dit aimer les services virtuels pour des raisons pratiques : les rendez-vous sont faciles à prendre et il n’est pas nécessaire de se déplacer.

Inconvénients des services virtuels

De nombreux jeunes ont indiqué une préférence pour les soins en personne. Certains ont trouvé que les interactions virtuelles manquaient de naturel et ont dit que le contact humain leur manquait. Ils ont mentionné qu’ils avaient du mal à déchiffrer le langage corporel, à établir le contact et à parler de sujets délicats. Certains éprouvaient quelques craintes concernant la protection de leur vie privée, les distractions et les interruptions, ainsi que les problèmes techniques et les problèmes d’horaire.

Portée et limites des conclusions

Comme le sondage a porté uniquement sur des jeunes vivant en Ontario, les conclusions de l’étude ne sont peut-être pas représentatives des expériences de jeunes vivant ailleurs. En outre, le sondage ne comptait pas d’entretiens avec les participants, ce qui aurait permis de mieux comprendre leurs expériences et leurs opinions. Par ailleurs, le sondage ayant été effectué en ligne, les jeunes n’utilisant pas régulièrement l’Internet en ont été de facto exclus. Enfin, les taux de réponse ont pu dépendre de la sévérité des TM/D des jeunes.

Applications possibles

Cette recherche pourrait être utile aux décideurs et aux planificateurs de programmes, ainsi qu’aux organismes qui fournissent actuellement des services de cybersanté mentale pour les jeunes et à ceux qui souhaitent se doter de tels services. Elle constitue une base pour offrir des programmes et des services virtuels répondant aux besoins et préférences des jeunes.

À propos des membres de l’équipe de recherche

Lisa D. Hawke1,2, Natasha Y. Sheikhan1, Karen MacCon1, Joanna Henderson1,2

  1. Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto, Ontario
  2. Département de psychiatrie, Université de Toronto, Toronto, Ontario