Recherche en bref : Les répercussions de COVID-19 sur la santé mentale des familles du Canada

Les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur la santé mentale des familles du Canada

En bref

Il apparaît que la pandémie de COVID‑19 a des effets néfastes sur la santé mentale et le bien-être des familles. Une équipe de recherche canadienne a mené une enquête transversale nationale axée sur les répercussions de la pandémie de COVID‑19 sur le bien-être et la santé mentale des familles ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit. Elle a recueilli des données auprès de ce segment de population pour contribuer à l’élaboration de politiques et de programmes éclairés pendant et après la pandémie. L’enquête a révélé que les parents ayant des enfants de moins de 18 ans sont plus nombreux que le reste de la population à voir leur santé mentale se détériorer en raison des retombées de la pandémie de COVID‑19.

 

Cette Recherche en bref porte sur l’article « Examining the impacts of the COVID-19 pandemic on family mental health in Canada: findings from a national cross-sectional study », publié en 2020 dans la revue BMJ Open. http://dx.doi.org/10.1136/bmjopen-2020-042871.

Les publications intitulées Recherche en bref sont des résumés succincts d’articles de recherche, présentés en langage clair, dans un format convivial.

Objet de la recherche

Tout indique que la pandémie de COVID‑19 a des incidences sur la santé mentale et le bien-être des familles. Même si les mesures de confinement ont été partiellement levées dans toutes les provinces canadiennes au début du mois de mai 2020, de nombreux parents ont connu un surcroît de stress, une baisse du soutien social et une détérioration de leur santé mentale.

La fermeture des écoles et des garderies a fait peser une pression supplémentaire sur les parents, qui ont dû tout d’un coup jongler avec toutes leurs responsabilités, y compris jouer un rôle plus important dans l’éducation de leurs enfants, en plus de faire face à des difficultés financières et à un stress psychologique accrus. Les répercussions sociales et économiques de la pandémie ont un effet dévastateur sur les familles et les jeunes et, d’après les recherches, une exposition précoce au stress peut avoir des conséquences durables sur la santé mentale et le bien-être des enfants.

Il s’agit de la première enquête nationale sur la santé mentale et le bien-être des familles ayant des enfants au début de la pandémie de COVID‑19. Les auteur.e.s de l’étude intitulée Examining the impacts of the COVID‑19 pandemic on family mental health in Canada : findings from a national cross-sectional study ont mené une enquête transversale au Canada sur les répercussions de la pandémie de COVID‑19 sur la santé mentale des familles ayant des enfants. L’étude visait à répondre aux trois questions suivantes :

  1. Comment la pandémie de COVID‑19 affecte-t-elle la santé mentale des parents et des enfants et quels sont les sous-groupes les plus touchés ?
  2. En quoi la pandémie a-t-elle changé les interactions parents-enfants ?
  3. Quels sont les facteurs qui favorisent la santé mentale dans le cadre familial ?

Méthode

L’équipe de recherche a mené une enquête transversale auprès d’adultes vivant au Canada pour examiner les effets de la pandémie de COVID‑19 sur la santé mentale. Les données ont été recueillies par le biais d’une enquête en ligne effectuée du 14 au 29 mai 2020, lors de la vague initiale de la pandémie, auprès de 3 000 personnes âgées de 18 à 55 ans. L’étude est le fruit d’une collaboration entre des chercheurs de l’Université de Colombie-Britannique, l’Association canadienne pour la santé mentale et la Mental Health Foundation du Royaume-Uni.

L’équipe de recherche a comparé les réponses des parents ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit avec celles des autres adultes ne se trouvant pas dans la même situation.

Elle a recueilli des données dans les catégories suivantes :

  • facteurs sociodémographiques (p. ex. sexe, âge, province de résidence, milieu rural ou urbain, niveau d’instruction, situation de famille, revenu du ménage, situation d’emploi, orientation sexuelle et identité de genre, problème mental préexistant, handicap, origine ethnique et composition du ménage)
  • facteurs démographiques concernant les enfants (p. ex. âge et nombre de frères et sœurs vivant sous leur toit familial).

L’enquête en ligne comportait des questions sur les domaines suivants :

  • santé mentale,
  • réactions émotionnelles face à la pandémie,
  • changements concernant la consommation de substances psychoactives,
  • idéations suicidaires et automutilation,
  • changements dans les interactions parents-enfants,
  • incidence de la pandémie sur la santé mentale des enfants,
  • sources de stress et sources de soutien pour les parents et leurs enfants.

Conclusions

L’équipe de recherche a analysé les données recueillies auprès de 3 000 personnes, parmi lesquelles se trouvaient 618 parents ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit. L’âge moyen des parents était de 43 ans et 52 % d’entre eux se sont identifiés comme étant de sexe féminin.

Voici ce que l’équipe de recherche a constaté :

  • 44 % des parents ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit par rapport à 36 % des adultes ne se trouvant pas dans la même situation ont déclaré que leur santé mentale s’est détériorée par suite de la pandémie de COVID‑19 ;
  • 46 % des parents ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit étaient inquiets au sujet de leur situation financière ;
  • 28 % des parents ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit par rapport à 16 % des adultes ne se trouvant pas dans la même situation ont déclaré que leur consommation d’alcool a augmenté ;
  • 8 % des parents ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit par rapport à 5 % des adultes ne se trouvant pas dans la même situation ont rapporté entretenir davantage d’idées suicidaires ;
  • 12 % des parents ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit par rapport à 8 % des adultes ne se trouvant pas dans la même situation ont déclaré que la crainte de violences domestiques, physiques ou émotionnelles les stresse ;
  • 22 % des parents ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit ont signalé une augmentation des conflits familiaux pendant la pandémie, mais 50 % d’entre eux ont aussi dit que celle-ci les avait rapprochés de leurs enfants.

Les parents ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit ont dit que les stratégies suivantes les avaient aidés à faire face à la pandémie :

  • promenades et activité physique (59 %),
  • entretenir des contacts avec des membres de la famille et des amis par téléphone et vidéobavardage (51 %),
  • communication entre membres du foyer familial (48 %),
  • maintien d’une bonne hygiène de vie (38 %).

Les auteur.e.s de l’étude ont également constaté que les parents ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit s’inquiétaient de la santé physique et mentale et de l’éducation de leurs enfants, et que le fait de s’occuper d’eux tout en exerçant leur profession en télétravail était une source de stress supplémentaire. Un quart des parents a indiqué que la santé mentale de leurs enfants s’est détériorée pendant la pandémie, mais plus de la moitié (60 %) a déclaré que la santé mentale de leurs enfants était restée stable.

Globalement, les auteur.e.s de l’étude ont constaté que la pandémie a affecté négativement la santé mentale et le bien-être des familles ayant des enfants de moins de 18 ans vivant sous leur toit.

Applications possibles

Les auteur.e.s font remarquer qu’il faudra réaliser d’autres études pour guider l’élaboration de mesures et de services visant à améliorer le bien-être des familles, aussi bien pendant la pandémie que par la suite. Ils recommandent d’envisager diverses interventions, dont services de garde d’enfants abordables, aplanissement des obstacles à l’accès à Internet, soins par paliers financés par les pouvoirs publics, psychothérapie et accès facile à des aides financières. Ils recommandent enfin d’examiner les possibilités de soutien financier post‑pandémie, y compris le revenu universel de base.

À propos des membres de l’équipe de recherche

Anne M. Gadermann1,2, Kimberly C. Thomson1,2, Chris G. Richardson2,3, Monique Gagné1,2, Corey McAuliffe4, Saima Hirani4 et Emily Jenkins4

  1. Human Early Learning Partnership, École de santé publique et de santé des populations, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver, Colombie-Britannique, Canada
  2. Centre for Health Evaluation and Outcome Sciences, Institut de recherche Providence Health Care, Vancouver, Colombie-Britannique, Canada
  3. École de santé publique et de santé des populations, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver, Colombie-Britannique, Canada
  4. Faculté des sciences infirmières, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver, Colombie‑Britannique, Canada