Recherche en bref : Repérage des personnes ayant des troubles des conduites alimentaires

Repérage des personnes ayant des troubles des conduites alimentaires à l’aide de données administratives sur la santé

En bref

Les données sur la prévalence des troubles des conduites alimentaires (TCA) au Canada sont assez maigres. L’étude de recherche présentée ici est la première à faire usage des données administratives de l’Ontario sur la santé pour rechercher les patients avec TCA : anorexie mentale, boulimie et autres troubles des conduites alimentaires non spécifiés.

 

Cette Recherche en bref examine l’article intitulé « Identifying Individuals with Eating Disorders Using Health Administrative Data », publié dans The Canadian Journal of Psychiatry en 2020.

Les publications intitulées Recherche en bref sont des résumés succincts d’articles de recherche, présentés en langage clair, dans un format convivial.

Objet de la recherche

La notion de "troubles des conduites alimentaires" englobe l’anorexie mentale, la boulimie, l’hyperphagie boulimique et d’autres troubles spécifiques. Ces troubles sont courants, et pourtant, ils sont moins bien connus du grand public et des prestataires de soins que les autres troubles mentaux – probablement en raison du manque de données à leur sujet et parce qu’il n’existe aucun moyen de mesurer le fardeau que représentent ces troubles pour les patients, la société et le système de santé.

Il existe bien des registres de patients avec des TCA dans des pays étrangers, mais ces registres ne consignent souvent que les données relatives aux populations assurées ou cliniques, ce qui ne permet pas de tirer des conclusions applicables à l’ensemble de la population ontarienne. Les données sur la santé sont utiles à la recherche et permettent de mesurer la prévalence de ces troubles et le fardeau qu’ils représentent.

L’équipe de recherche a appliqué la méthode de la série de cas à tous les patients avec des TCA figurant dans les données d’hospitalisation recueillies en Ontario entre 1990 et 2014. Aux fins d’inclusion des patients dans la cohorte TCA, les auteurs ont évalué l’incidence de divers critères. Ils ont ensuite comparé les patients de la cohorte TCA avec les patients extérieurs à cette cohorte, et ils ont constaté que les patients ayant des TCA se démarquaient nettement des autres. 

La cohorte telle que constituée servira à répondre à un certain nombre de questions sur le fardeau des TCA et la mortalité qui leur est associée. Les données provenant de la cohorte pourraient également être utilisées pour proposer des mesures d’amélioration d’accès aux soins et pour évaluer les modèles cliniques et ceux dont s’inspirent les programmes dans le but de minimiser les risques et de combler les éventuelles lacunes en matière de services.

Méthodes

S’appuyant sur les données administratives sur la santé recueillies par l’Institute for Clinical Evaluative Sciences (ICES) de l’Ontario entre 1990 et 2014, l’équipe de recherche a circonscrit trois sous-cohortes de TCA pertinentes sur le plan clinique. Dans le cadre de la validation de la cohorte et de l’interprétation des données, ils ont circonscrit les trois sous-cohortes « nichées » suivantes, chacune élargissant séquentiellement les règles d’inclusion :

  1. patients hospitalisés avec un diagnostic de TCA comme diagnostic principal;
  2. patients hospitalisés avec un diagnostic de TCA parmi d’autres diagnostics;
  3. sous-cohorte 2 + patients s’étant rendus aux urgences pour une raison en lien avec un diagnostic de TCA.

Conclusions de la recherche

Les chercheurs ont établi que l’application simultanée des trois critères avait produit une cohorte présentant des caractéristiques bien particulières, même si la cohorte la plus restrictive excluait les patients chez lesquels on avait diagnostiqué une boulimie et un TCA non spécifiés. Les trois sous-cohortes différaient toutes de la population de patients sans TCA en termes de caractéristiques démographiques (à savoir sexe, origine ethnique, statut de migrant ou non, revenu moyen du milieu de résidence, recours à l’aide sociale ou non, résidence en milieu rural ou non, et schéma de comorbidités).

Dans les trois sous-cohortes, 90 % des patients présntant des TCA étaient de sexe féminin et la moyenne d’âge était de 30 ans. Dans la base de données de contacts, les minorités ethniques (ou ethno-raciales) et les immigrants étaient moins nombreux à faire l’objet d’une mention de TCA.

Applications possibles

Cette recherche fournit des exemples d’utilisation des données administratives sur la santé pour estimer le fardeau des TCA dans la population ontarienne. D’autres recherches sur cette même cohorte pourraient favoriser les travaux de recherche futurs en contribuant à l'amélioration du système de données de l'administration de la santé de l'Ontario, ce qui permettrait de recueillir des informations plus précises et pertinentes sur les patients susceptibles d'avoir des TCA.

Limites des conclusions et recherches restant à mener

L’équipe de recherche indique que ses conclusions doivent être traitées avec prudence, car en raison des méthodes utilisées, elle n’a pas pris en compte de nombreux résidents de l’Ontario ayant un trouble des conduites alimentaires : personnes ayant fait l’objet d’un diagnostic erroné ou n’ayant reçu aucun diagnostic, par exemple, et personnes traitées en milieu extrahospitalier.

Auteur.e.s

Paul Kurdyak,1,2,3,4 Claire de Oliveira,1,2,4 Tomi Iwajomo,1 Susan Bondy,5 Kathryn Trottier,3,6 Patricia Colton,6

  1. Institut de recherche sur les politiques en santé mentale, Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto, Ontario
  2. ICES (Institute for Clinical Evaluative Sciences), Toronto, Ontario
  3. Département de psychiatrie, Faculté de médecine de l’Université de Toronto, Toronto, Ontario
  4. Institut des politiques, de la gestion et de l’évaluation de la santé, Faculté de médecine de l’Université de Toronto, Toronto, Ontario
  5. École Dalla Lana de santé publique, Université de Toronto, Toronto, Ontario
  6. University Health Network, Toronto, Ontario

Mots-clés

Trouble des conduites alimentaires, épidémiologie, surveillance des maladies, santé mentale

Cette Recherche en bref, rédigée par Rupinder Chera, résume l’article intitulé « Identifying Individuals with Eating Disorders Using Health Administrative Data », publié dans The Canadian Journal of Psychiatry en 2020. https://doi.org/10.1177/0706743719844183.