Recherche en bref : Soins de santé mentale pour les personnes âgées

Soins de santé mentale pour les personnes âgées :  Les compétences interculturelles sont-elles importantes?

Ce que vous devez savoir

On estime que d’ici 2050, 35 % des personnes âgées aux États-Unis appartiendront à une minorité raciale ou ethnique. Or, les données actuelles montrent que l’absence de soins médicaux et de soins de santé mentale culturellement congruents se traduit par des résultats médiocres, une moins bonne observance thérapeutique et des disparités plus accentuées entre ces minorités et le reste de la population. En outre, chez les personnes âgées, des troubles psychiatriques peuvent entraîner des résultats moindres sur le plan médical ainsi qu’une utilisation accrue des ressources de santé, des hospitalisations plus longues et une hausse des coûts. À cela s’ajoute le fait que les personnes appartenant à des minorités raciales et ethniques risquent davantage de souffrir de maladies chroniques, dont des maladies mentales comme la dépression et l’anxiété.

Les auteures de l’article ont déterminé que les personnes âgées appartenant à des groupes minoritaires marginalisés ont dans l’ensemble des connaissances insuffisantes en matière de santé, une maîtrise imparfaite de l’anglais et un état de santé médiocre. Toujours selon elles, il apparaît que la formation en compétences interculturelles améliore la sensibilisation des prestataires de soins aux disparités et aux besoins culturels des personnes âgées. Les auteures ont également relevé des tendances indiquant que les soins culturellement congruents augmentent la satisfaction des patients et changent la perception des prestataires de soins.

Objet de la recherche

Les auteures se sont axées sur la question des compétences interculturelles et des connaissances en matière de santé dans le secteur des soins de santé mentale des personnes âgées. Elles ont défini plusieurs notions liées aux compétences interculturelles, dont :

  • les compétences interculturelles : capacité des personnes ou des organismes à avoir des échanges fructueux avec des personnes dont l’appartenance culturelle est différente de la leur;
  • les compétences interculturelles en santé mentale: capacité des prestataires et des organismes à dispenser des soins de santé répondant aux besoins sociaux, culturels et linguistiques des patients;
  • les compétences linguistiques : capacité à offrir aux personnes dont la maîtrise de l’anglais est imparfaite des services dans leur langue – dans les échanges de vive voix ainsi que dans les communications écrites.

Les auteures ont constaté que le taux de littératie en matière de santé était plus faible chez les personnes appartenant à une minorité, pauvres et sous-éduquées, surtout chez les personnes âgées où ce manque de connaissances en matière de santé est associé à un mauvais état de santé et à un taux de mortalité élevé.

Méthode

Les auteures ont passé en revue les publications récentes sur les soins de santé mentale culturellement congruents pour les personnes âgées aux États-Unis, en se concentrant sur les personnes âgées appartenant à des groupes minoritaires et sur celles ne parlant pas couramment l’anglais. Elles ont ainsi constaté l’existence de multiples disparités dans la santé, y compris une plus grande incidence et prévalence de divers troubles de santé mentale.

Conclusions

Les auteures ont regroupé les conclusions de leur analyse documentaire en quatre catégories, comme suit :      

  • Compétences linguistiques et santé mentale : Les auteures ont constaté que c’est chez les personnes âgées d’origine asiatique qui ne parlent pas couramment l’anglais que l’isolement linguistique est le plus grand; par isolement linguistique, il faut entendre le fait de vivre dans un foyer où on parle une autre langue que l’anglais et les occasions de parler et d’écrire en anglais ou d’entendre cette langue sont rares. L’isolement linguistique peut conduire à l’isolement social et engendrer un sentiment de solitude. Les auteures ont trouvé plusieurs études faisant un lien entre l’isolement social, une santé médiocre et une mauvaise hygiène de vie. Elles ont également souligné l’importance de la communication entre patients et prestataires de soins et ont constaté que les difficultés linguistiques pouvaient donner lieu à des erreurs de diagnostic et retarder la mise en place d’un traitement. De façon générale, les personnes qui maîtrisent mal l’anglais sont moins encline à avoir recours à des services de santé mentale, même lorsque ceux-ci leur sont accessibles.
  • Compétences interculturelles et formation des prestataires de soins : Les auteures ont conclu que la formation aux compétences interculturelles est une stratégie fondamentale pour garantir l’équité en matière de santé, éliminer les disparités et améliorer la santé de tous les segments de la population. Elles indiquent qu’aux États-Unis la formation aux compétences interculturelles est désormais obligatoire au niveau des études médicales de premier cycle et dans tous les programmes de résidence. L’examen systématique de la documentation leur a également permis de constater que les compétences interculturelles transforment les mentalités, qu’elle accroît les connaissances et les compétences des professionnels de la santé et qu’elle améliore la satisfaction des patients.
  • Compétences interculturelles et résultats thérapeutiques : Les auteures n’ont trouvé que peu d’études portant spécifiquement sur les résultats thérapeutiques des personnes âgées en matière de santé mentale.
  • Prestation de soins de santé mentale culturellement congruents pour les personnes âgées : Les auteures citent plusieurs modèles, normes et outils axés sur les compétences interculturelles, dont un outil, appelé Cultural Formulation Interview, qui comporte 16 questions se fondant sur des données factuelles; cet outil permet aux cliniciens d’obtenir des informations relatives à l’incidence de la culture d’une personne sur son tableau clinique, son diagnostic et les options thérapeutiques. Elles ont également découvert que des modèles de soins de santé mentale gériatriques culturellement congruents sont soit en cours d’élaboration soit en cours de mise en œuvre dans tous les États‑Unis.
    Les auteures soulignent en outre que tous les documents médicaux, comme les formulaires de consentement, le matériel éducatif à l’intention des patients, les échelles d’évaluation psychiatrique, devraient être traduits et mis à la disposition des cliniciens pour qu’ils s’en servent auprès des personnes âgées. Elles insistent aussi sur l’importance d’avoir des services d’interprétariat dans le cadre des soins de santé mentale; ces services pourraient être assurés par des membres du personnel bilingues, des interprètes salariés ou contractuels, des services d’interprétation par téléphone/services de télémédecine ou, en dernier recours, par des bénévoles locaux ou des membres de la famille des patients. Pour les soins de santé mentale aux personnes âgées, il serait tout aussi essentiel d’augmenter le nombre de prestataires biculturels et bilingues capables de fournir des soins culturellement congruents.

En résumé, les auteures ont trouvé des preuves selon lesquelles la formation aux compétences interculturelles permet de sensibiliser davantage les prestataires aux disparités et aux besoins culturels d’une population cible donnée. Elles ont également observé des tendances suggérant que les compétences interculturelles des soignants améliorent la satisfaction des patients ainsi que la perception des soins par les prestataires.

Limites des conclusions

Aucune limite n’a été signalée par les auteures.

Applications possibles et recherches futures

Les auteures suggèrent que les prestataires et les établissements de santé favorisent un milieu de soins culturellement congruents en s’appuyant sur les nombreuses ressources gouvernementales et professionnelles existantes sur les compétences interculturelles et la littératie en matière de santé. Plusieurs pratiques exemplaires et modèles de soins axés sur les résultats thérapeutiques sont actuellement en cours d’élaboration ou de mise en œuvre. Cependant, il faut poursuivre les recherches afin de mieux déterminer les caractéristiques de ces modèles et préciser dans quelle mesure des compétences interculturelles sont nécessaires pour réduire les disparités et améliorer les résultats thérapeutiques.  

À propos des chercheuses

Maria D. Llorente1 et Margaret Valverde2

  1. Ministère des Anciens combattants; Faculté de médecine de l’Université de Georgetown, Washington, É.-U.
  2. Faculté de médecine de l’Université George-Washington, Washington, É.-U.