Recherche en bref : Usage de pratiques de guérison traditionnelles dans deux Premières Nations de l’Ontario

En bref

Les recherches sur les pratiques de guérison traditionnelles (PGT), comme l’usage de remèdes traditionnels (RT) et la guérison traditionnelle (GT), dans la population autochtone au Canada sont limitées. Qui plus est, celles qui existent sont dépassées et ne permettent pas de tirer des conclusions générales. Les chercheuses se sont appuyées sur des données d’enquête existantes pour mieux comprendre le recours aux PGT dans deux communautés des Premières Nations de l’Ontario. Elles se sont rendu compte que 63 % des personnes interrogées n’usaient ni des RT ni de la GT, mais que plus de la moitié aimeraient y recourir. Les raisons couramment invoquées par ces personnes pour expliquer cette situation sont les suivantes : elles ne sont pas assez renseignées au sujet des PGT et elles ne savent ni comment ni où y avoir accès.

Cette Recherche en bref résume l’article intitulé « Use of Traditional Healing Practices in Two Ontario First Nations », publié dans le Journal of Community Health en 2018. 

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Les Recherches en bref sont des résumés brefs et clairs d'articles de recherche, présentés dans un format convivial.

Objet de la recherche

Chez les peuples autochtones du Canada, la colonisation a provoqué une disparition de leurs croyances, connaissances et pratiques ancestrales (comme les pratiques de guérison traditionnelles, ou PGT). Or, il a été prouvé que ces dernières aident les Autochtones à communier avec leur culture et à faire face à la confiscation de leurs territoires, à l’assimilation et à la marginalisation sociale. Pour promouvoir la continuité culturelle et la liberté de choix en matière de soins de santé, il est important de comprendre qui utilise les PGT et qui n’y a pas recourt, ainsi que les raisons invoquées pour ne pas en faire usage.

Méthodes

Les chercheuses ont combiné les données sur deux communautés des Premières Nations recueillies dans le cadre de deux enquêtes sur le bien être : l’enquête sur la santé mentale et le bien-être (SMBE) et l’étude sur le parcours client.

Au total, 613 personnes ont rempli l’enquête SMBE. Parmi elles, 334 avaient été sélectionnées au hasard, 226 étaient des bénévoles de l’enquête SMBE et 53 des bénévoles de l’étude sur le parcours client. Environ 57 % étaient des femmes, 47 % étaient mariés ou vivaient en couple et 66 % ont déclaré être membres des Premières Nations.

Conclusions de la recherche

Les conclusions générales sur le recours aux PGT montrent que, parmi les répondant.e.s :

  • 15 % recourent aux RT et à la GT, tandis que 15 % et 3 % recourent seulement aux RT et à la GT, respectivement.
  • 63 % ne recourent ni à l’une ni à l’autre .
  • la plupart de celles et ceux qui recourent à la GT recourent également aux RT.

Comparaison entre les personnes qui font usage des PGT et celles qui n’y recourent pas :

  • Les personnes qui recourent seulement aux RT sont plus susceptibles d’être des hommes, et d’être jeunes et moins instruites.
  • Les personnes qui recourent aux RT et à la GT sont plus susceptibles de déclarer être membres des Premières Nations.
  • Les personnes qui recourent à la RT et à la GT ont un sentiment plus aigu de ce que leur peuple a perdu au cours de l’histoire .
  • Les personnes qui recourent à la GT sont plus susceptibles d’avoir des troubles d’anxiété et ont aussi davantage tendance à indiquer un meilleur état de santé spirituelle .
  • Les personnes qui souhaitent recourir aux RT ou à la GT ont réfléchi à ce que leur peuple a perdu au cours de l’histoire.
  • Elles ont également eu plus de symptômes associés à ces pertes subies au cours de l’histoire, ont vécu davantage d’épreuves dans leur enfance et jugent que leur santé mentale, affective et spirituelle est défaillante.

Les personnes que les PGT intéressent mais qui n’y ont pas recours expliquent cette situation par le fait qu’elles ne sont pas assez renseignées à leur sujet ou qu’elles ne savent ni comment ni où y avoir accès.

Applications possibles

Cette étude peut donner des idées aux organismes qui fournissent des services de santé aux Premières Nations. Elle peut aussi faciliter le dialogue avec des membres des Premières Nations qui souhaiteraient avoir recours aux PGT, mais qui ne sont pas assez renseignés à leur sujet et ne savent pas comment y avoir accès.

Portée et limites des conclusions

Les questions posées dans le cadre de l’enquête ne portaient pas sur des pratiques spécifiques, comme les cérémonies, les plantes et les herbes ou les sueries, ou sur les personnes qui officiaient pendant les pratiques, dont guérisseurs, aînés ou spiritualistes.

Les répondant.e.s n’ont pas non plus été interrogé.es sur la période d’utilisation des PGT (p. ex. l’an dernier ou pendant toute leur vie). De plus, il est impossible de généraliser les conclusions de l’étude à d’autres communautés autochtones, car les données utilisées ne concernaient que deux communautés des Premières Nations à un moment précis.

Remerciements

La présente activité d’échange de connaissances est soutenue par le Réseau d’échange de données probantes (EENet), qui fait partie du Programme de soutien au système provincial du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH). EENet existe grâce à la contribution financière du ministère de la Santé (MS). Les opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les positions du MS ou de CAMH.

Même si le plus grand soin a été apporté à la sélection et à la préparation des informations contenues dans le présent Recherche en bref, il convient de préciser que ce dernier se fonde sur un seul article de recherche. Une recherche approfondie n’a pas été effectuée pour vérifier l’existence de nouveaux éléments de preuve. Par conséquent, le contexte sous-tendant la recherche, la terminologie utilisée, les méthodes de recherche et les conclusions de l’étude ne donnent peut-être pas un tableau complet de ce sujet particulier. Par ailleurs, comme un laps de temps a pu s’écouler entre l’étude elle-même et sa publication, celle-ci ne reflète peut-être pas les données actuelles.

Mots-clés  

Premières Nations, Autochtones, pratiques de guérison traditionnelles, guérisseurs traditionnels, remèdes traditionnels, santé

Auteur.e.s

*Julie George1,2, Melissa MacLeod1,3, Kathryn Graham1,4,5,6,7, Sara Plain8, Sharon Bernards1, Samantha Wells1,5,6,9

  1. Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), Institut de recherche sur les politiques de santé mentale, London (Ontario), Canada
  2. Mental Health, Addiction and Violence Support Program, Kettle & Stony Point Health Services, Première Nation des Chippewas de Kettle et Stony Point (Ontario), Canada
  3. Region of Waterloo Public Health and Emergency Services, Waterloo (Ontario), Canada
  4. Département de psychologie, Université Western, London (Ontario), Canada
  5. École de santé publique Dalla Lana, Université de Toronto, Toronto (Ontario), Canada
  6. Faculté des sciences de la santé, École de psychologie, Université Deakin, Geelong (État du Victoria), Australie
  7. National Drug Research Institute, Université Curtin, Perth (Australie-Occidentale), Australie
  8. E’Mino Bmaad-Zijig Health Centre, Première Nation Aamjiwnaang (Ontario), Canada
  9. Département d’épidémiologie et de biostatistique, Université Western, London (Ontario), Canada

*Actuellement affiliées aux Mental Health, Addiction and Violence Support Program et Kettle & Stony Point Health Services.

Cette Recherche en bref résume l’article intitulé « Use of Traditional Healing Practices in Two Ontario First Nations », publié dans le Journal of Community Health en 2018. https://doi.org/10.1007/s10900-017-0409-5